Mon père est noir, ma Mère est blanche ; qui suis-je ?

Bonjour à vous !


Aujourd'hui, un article un peu particulier qui, je l'espère, vous intéressera. Je vous laisse découvrir ce qui suit et on se retrouve après !




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Je me souviens qu'à l'époque du collège, peut-être même avant, j'étais partagée entre la honte d'avoir des origines africaines et la haine plus ou moins dissimulée envers ce que les blancs avaient infligé aux noirs.


Aujourd'hui encore le sentiment qui domine c'est l'incompréhension. Je n'arrive pas à comprendre comment on peut en arriver là sous prétexte d'une différence qui pourrait créer une infériorité.


Depuis quelques années je remarque que mon regard change sur les choses que je croise au quotidien, qu'elles soient innocentes ou non.


Je me surprends à vouloir en savoir plus sur les peuples d'Afrique, sur l'histoire de ce continent qui a accueilli des ancêtres que je n'ai pas connu. C'est bizarre de se sentir relié à des gens que l'on a jamais côtoyé, non ?
Pourtant c'est cette impression qui ne me quitte pas depuis quelques temps ; comme si j'avais fait partie d'une histoire et que je n'en avais jamais eu conscience.


Je ne suis pas forcément fière de mon nom car il a été la source de traîtrise, de souffrance, de trafiques en tout genre  ( en passant par l'esclavagisme ), de complot, de règlements de compte et j'en passe ... Quand j'étais petite j'en étais fière car je ne me souvenais que de la belle partie : une origine royale. Mais quand on est gamin on ne pense pas à tout ce qu'il y a derrière le pouvoir.
Aujourd'hui j'en prends conscience et le recul est dur à prendre même si je n'y suis pour rien.


J'ai longtemps hésité à prendre le nom de ma Mère et puis récemment j'ai réalisé que ce nom porte le passé d'une famille mais pas de la mienne, d'une histoire mais pas de la mienne.


Ma famille c'est ma Mère, ma sœur, son mari et leurs enfants, ce sont mes frères, petits et grands, c'est Adrien mon compagnon et Dolly, c'est Manon mon amie de longue date, c'est mon Grand-Père encore vivant et ma Grand-Mère partie récemment, ce sont les personnes que je rencontre et qui restent dans ma vie de façon plus ou moins permanente. C'est toutes ces humanités qui enrichissent ma vie et qui m'apportent au quotidien ou moins régulièrement.


J'ai passé une grande partie de mon enfance dans des petits villages d'Ardèche où nous étions, il me semble, la seule famille mixte. J'ai connu les regards intrigués, les remarques stupides des enfants qui ne savaient pas faire autrement pour manifester leur étonnement et leur incompréhension, j'ai entendu à plusieurs reprises le fameux "J'aime pas les noirs mais toi c'est pas pareil" ( notamment de la part d'un garçon que j'aimais bien pendant la primaire et le collège, imaginez le message inscrit en moi ), j'ai supporté les moqueries visant mes cheveux un peu trop volumineux lorsque j'essayais de les coiffer autrement, j'ai supporté les remarques déplacées d'une prof au lycée, je continue à entendre des "Rentre dans ton pays", "On est plus en France maintenant", "Je ne parle qu'aux Français" lorsque je me balade en ville ...


Je suis un peu passée par tous les états d'esprit : fière de mes cheveux tressés, honteuse de la couleur de ma peau et évitant le soleil pour ne pas l'accentuer, admirative des vêtements culturels, désireuse d'être à la mode française, prenant les chansons de Bob Marley comme un enseignement, considérant que la variété française était la musique qui me parlait le plus, exaspérée de mes boucles et souhaitant les rendre les plus raides possible en cumulant les défrisages et les produits chimiques, envieuse de ces femmes aux looks avec une identité forte, métissée et assumée ...


Souvent, lorsque l'on me demande de quelle(s) origine(s) je suis je réponds que mon père est né au Togo et est noir et que ma Mère est née en France et est blanche. Mais au fond, ce n'est pas vraiment la réponse adéquate, si ? Ce qu'ils sont ne résume pas qui je suis, je n'ai pas une partie de mon corps blanche et l'autre noire, je suis métisse, un mélange, donc je ne peux pas me décrire en disant je suis blanche + noire, il manque le résultat.


Aujourd'hui, je n'ai pas encore trouvé mon identité et je ne sais pas si je la trouverai un jour car au final elle ne cesse d'évoluer. Je ne la résume pas à ma couleur de peau mais à mes choix de vie et à mes principes. Mais le regard que certains posent sur moi décide d'en faire autrement.



Le combat pour l'égalité n'est pas terminé. Et malheureusement, je pense que tant qu'il y aura des couleurs de peau différentes il y aura du racisme et des discriminations.


On ne peut pas dire "Il n'y a qu'une seule couleur !" car ce n'est pas vrai, à moins d'être daltonien ou bien de tous devenir aveugles ...





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Je n'ai pas fait cet article pour me plaindre ou pour me positionner en tant que victime mais plutôt pour vous faire partager mon point de vue sur ce qui fait partie de ma vie, parfois au quotidien ou parfois de façon plus indirecte.

N'hésitez pas à partager vos impressions et vos ressentis, l'apprentissage et l'enrichissement se font par l'échange ! =)


A bientôt et prenez soin de vous !



- Anaïs -

4 commentaires:

  1. Je te comprends et merci pour ton témoignage !

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    1. Merci à toi d'avoir pris le temps de me lire, ça me touche beaucoup !

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  2. Ton article me touche beaucoup, profondément, j'en ai les larmes aux yeux. Pour moi tu es Anais, (que je connais depuis la 6eme) une jeune femme formidable et ce n'est pas une couleur de peau qui va tout chambouler. Sois fière de tes origines, tu es riche de deux continents.
    Je t'embrasse très fort.
    Babeth

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    1. Merci infiniment pour ce beau message qui me va droit au cœur !
      Des bisous !

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